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UNOS
(Enlèvement)

 
 

Année : 1953
Pays : Tchécoslovaquie
Genre : Drame
Durée : 1 h53 min.
Noir et blanc

Réalisateurs : Ján KADAR, Elmar KLOS
Scénaristes : Ján KADAR, Elmar KLOS

Acteurs principaux :
Jirí DOHNAL (Horvat), Ladislav PESEK (Ingénieur Prokop), Jaroslav MARES (Tonik), Antonin KLIMSA (Gerbec), Eduard DUBSKÝ (Grabner), Milos NEDBAL (Morris), Felix LE BREUX (Douglas), Eduard KOHOUT (Carrigan).

Musique : Jirí SUST
Photographie : Rudolf MILIC
Compagnie productrice : Ceskoslovenský Státní Film
 
Avions :
-Douglas C-47A-75-DL Skytrain, OK-WDE
-De Havilland DH.98 Mosquito
-Zlin Z-181


Notre avis :

Depuis le coup d'état de février 1948 qui avait amené le parti communiste au pouvoir et l'instauration d'une "démocratie" populaire en Tchécoslovaquie, le "rideau de fer" s'était refermé sur le pays. Après avoir fui les Allemands, certains préférèrent fuir de nouveau leur pays mis sous la tutelle du "petit père des peuples" Staline. Des gens partaient à cause des conditions économiques particulièrement difficiles, mais aussi et surtout, à cause d'une répression politique féroce.  En quelques années, environ 50.000 Tchécoslovaques fuirent leur pays. En octobre 1949, quatre Tchèques furent condamnés à mort pour avoir aidé des gens à émigrer, beaucoup d'autres furent condamnés, pour le même motif, à la prison à perpétuité. Malgré les risques encourus, beaucoup continuèrent à fuir à travers la frontière; 50 personnes par jour, au moins, entre 1948 et 1949. En 1952, il n'y en avait plus que 100 par mois, et la fuite devint quasi impossible les années suivantes. Quelques candidats à l'exil, choisirent donc de s'évader par la voie des airs, comme les pilotes ayant combattu dans la RAF pendant la guerre et qui furent accusés à leur retour, d'avoir soutenu le gouvernement Benes ou d'être pro-capitalistes, ou encore, d'avoir prêté serment de fidélité au roi d'Angleterre !

Le 24 mars 1950, trois DC-3 de la compagnie nationale CSA, ayant décollé d'Ostrava, de Brno et de Bratislava, à destination de Prague, furent détournés vers l'Allemagne de l'ouest et atterrirent sur la base de l'USAF d'Erding, près de Munich. Ces avions transportaient 85 passagers, dont 26 choisirent de rester en Allemagne, comme réfugiés politiques. Le 11 août de la même année, un avion de la CSA fut détourné vers l'Allemagne par deux hommes. Le 23 mars 1952, un autre DC-3 fut dérouté vers Francfort  par quatre personnes, après avoir décollé de Prague.

Le film porte sur les trois détournements simultanés de 1950 qui défrayèrent la chronique mondiale, même si le prologue mentionne que toute ressemblance avec des faits réels est purement fortuite...La présentation officielle d'"Unos" annonçait que ce film avait été réalisé dans le cadre de la lutte pour la préservation de la paix, menacée par les intrigues des impérialistes qui méprisaient les lois internationales. Le film coûta 5,37 millions de couronnes, ce qui en faisait le deuxième film tchécoslovaque le plus cher, produit en 1952.  L'histoire de cette évasion spectaculaire fit aussi l'objet d'un livre et d'une pièce de théâtre.


L'histoire est simple. A Ostrava, un groupe de gens décide de détourner un avion de ligne pour sortir de Tchécoslovaquie. Dans l'avion, il y a toute sorte de passagers dont le député communiste Horvat, un boxer, l'ingénieur Prokop qui se rend à Prague au sujet d'un litige sur la construction d'une nouvelle usine. Son assistant est en réalité un agent américain qui, avec la complicité d'un pilote, a organisé l'évasion de plusieurs Tchécoslovaques. Le détournement se fait très rapidement, le pilote de l'avion, qui ignorait tout, étant vite maîtrisé. L'avion ayant atterri sur la base américaine de Ronau, l'histoire se concentre sur ces maudits capitalistes qui essaient de convaincre les pauvres socialistes terrorisés de rester à l'ouest, en évoquant une prétendue répression sévissant en Tchécoslovaquie. Les Américains n'hésitent même pas à recourir à des pressions psychologiques et physiques pour les briser moralement. La Tchécoslovaquie proteste énergiquement et porte l'affaire devant les Nations Unies. Pendant ce temps, certains passagers, comme Prokop, des membres du parti ou des officiels, sont interrogés sans ménagement par des membres du CIC (Counter Intelligence Corps). Leurs bagages sont fouillés. Mais le plan des impérialistes échoue, grâce au patriotisme des Tchécoslovaques et à l'aide que leur procurent des sympathisants communistes allemands, qui permettent à certains de s'enfuir du camp où ils sont retenus et de repasser la frontière. Un membre de l'ambassade tchèque vient finalement les chercher avec un bus. La plupart des "camarades" peuvent retrouver enfin leur douce patrie, bien à l'abri derrière le rideau de fer. Ils l'ont échappé belle !


Les responsables des détournements furent condamnés à mort pour haute trahison et les réfugiés à "seulement" vingt cinq ans de prison, par contumace. Les deux tiers des passagers choisirent en effet de revenir au pays et c'est pourquoi les journaux communistes parlèrent du "kidnapping d'Erding". Il faut bien reconnaître que ces gens de la nomenklatura, non avertis du détournement, avaient laissé derrière eux leurs familles et savaient fort bien le sort que leur réserverait le StB, la police secrète, en cas de non retour... Parmi les "kidnappés", se trouvaient une délégation du parti communiste tchécoslovaque et le nouveau directeur de la compagnie CSA (il se rua sur la porte du cockpit quand il s'aperçut qu'on survolait Erding, comme un personnage du film). Il y avait aussi des femmes et deux enfants à bord. Les passagers purent visiter la base d'Erding, déjeuner au mess des officiers, comme montré dans le film. Ceux qui le voulaient furent rapatriés par bus, trois jours plus tard.

Il est vrai que l'évasion ne fut pas spontanée et fit l'objet d'une longue préparation, mais pas de la part des services secrets américains.  Par contre l'USAF, à Erding, était au courant et l'avion de Bratislava qui devait survoler la zone soviétique autrichienne pendant une heure, fut escorté à partir de Linz (le début de la zone américaine) par des chasseurs américains. Ce détournement fut organisé par des pilotes, anciens de la RAF, et par des membres de la compagnie CSA. Le film ne mentionne pas que le StB ne vit rien venir et que ses dirigeants durent en payer le prix... La Tchécoslovaquie engagea en outre une longue lutte diplomatique pour obtenir le retour des fuyards, considérés comme des pirates, des criminels de droit commun, mais en vain. Les relations entre les USA et la Tchécoslovaquie en pâtirent fortement.

Le film distille une propagande plus insidieuse qu'il n'y paraît. Les faits sont correctement relatés et il n'y a aucune erreur grossière, juste de petites contre-vérités. Il est très méprisant pour les militaires américains qui sont caricaturés avec un comportement laxiste, des attitudes grotesques, un manque total de respect (ils dansent le be-bop devant un statue de la Vierge..), leurs loisirs affligeants (un spectacle avec des girls en bikini), bref, ce sont des représentants d'un monde décadent, sans valeurs morales, aux mœurs dissolues. Ils pactisent en outre avec les nazis, et un officier qui questionne les passagers est un ancien SS. Même si on ne torture pas les personnes interrogées, certains interrogatoires sont poussés. Rien de tel en Tchécoslovaquie, en 1953, naturellement…. Le film montrent aussi les hordes de journalistes à l'affût du moindre événement, fait effectivement étonnant pour quelqu'un de l'est. D'un autre coté, le film fait la différence entre "bons" et "mauvais" Américains qui ne sont pas tous du côté du CIC. Il montre aussi qu'il existe des Allemands communistes (il ne devait plus en rester beaucoup après le traitement infligé aux civils Allemands par l'Armée rouge..) qui manifestent en faveur de la libération de l'ingénieur Prokop et contre la présence américaine. Leur manifestation est réprimée par les Schupo et leur journal, "Der rote Fahne" (le drapeau rouge), est saisi. Notons à ce propos, que ce journal fondé en 1918 par Karl Liebknecht and Rosa Luxemburg, ne paraissait plus depuis 1942, même sous le manteau. Le film s'adresse donc aux peuples et aux communistes de tous les pays, injustement oppressés dans les prétendues démocraties occidentales. Tout le film est de la même veine. Les scènes finales montrent un responsable, monté sur une estrade, en train de haranguer des ouvriers au milieu des machines outils, sur fond de cheminées d'usine. Prolétaires de tous les pays unissez vous ! On connait la suite.…

Ce film de pure propagande communiste est un modèle du genre et un véritable document à savourer, cinquante huit ans plus tard, avec tout ce que l'on sait, depuis, sur la Tchécoslovaquie des années cinquante…. En 1968, le réalisateur d'origine hongroise, Jan Kadar, se refugiera avec sa famille aux Etats-Unis.


Les avions du film :

Les premières images nous montrent curieusement un avion construit dans les usines du capitaliste Donald Douglas, un C-47A-75-DL Skytrain. Appelé "Dakota" dans le film (c/n 19419, s/n 42-100956, OK-WDE), il avait été livré par l'USAAF en mars 1946 (donc avant le coup d'état communiste), à la compagnie nationale tchécoslovaque CSA (Ceskoslovenske Stetne Aerolinie); il porte le numéro "032" inscrit sur la dérive. Il est de couleur alu avec lettres et bandes bleues sur le fuselage. Puis, il fut cédé vers 1960 à l'Armée de l'Air (n° 100956) et reçut le matricule F-RAJV. En 1966, il effectuait des rotations entre Dakar et la France. Il fut ferraillé à Châteaudun à une date inconnue.

Peints de couleur unie avec des étoiles américaines approximatives et les moteurs décorés de des gueules de requin, dignes des "Tigres volants", plusieurs De Havilland Mosquitos sont alignés devant des hangars de la base fictive de "Ronau". Entre juin et décembre 1946, vingt quatre FB. Mk.VI Mosquito (désignés B-36 dans l'armée tchécoslovaque) et, entre avril et mai 1948, deux avions d'entraînement Mosquito T. Mk.III (CB-36) avaient été livrés par la Grande-Bretagne. En 1952, il n'en restait plus que treize, et ils furent utilisés jusqu'en 1953 par le 47° Régiment de Chasse, avant d'être envoyés à la casse. Doit-on préciser qu'à cette époque, l'USAF en Europe était équipée d'autres chasseurs plus performants, dont aucun avion à hélice…

Au début du film, à Ostrava, on voit en arrière plan, le seul avion tchécoslovaque (si l'on peut dire) du film, un Zlin Z-181, autrement dit un Bücker Bü 181 Bestmann, construit après la guerre par Zlin. Certains servaient dans l'armée comme avion de début, sous l'appellation de "C-6".


Christian Santoir

*Film en vente sur les sites tchèques



UNOS.jpg

 

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Date de création : 07/07/2011 : 14:23
Dernière modification : 07/07/2011 : 14:23
Catégorie : - Films
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